Chapitre 1 > Aïe-heu ! ! !


« Comment ça virée ? »
Shout de shout ! Cela fait deux ans que je travaille dans cette boîte et il ne faut pas plus de cinq minutes pour me remercier ?
Je m’insurge. Intérieurement.
Bon, Elle, reprend toi. Dis quelque chose. N’importe quoi. Émet un son par pitié… Ouvre la bouche…Voilà…Inspire…Parle !
« Beuh… »
Ce n’est pas un mot ça. Ça n’a définitivement aucune signification. Cela dit, il me paraît tout à fait normal de perdre ses moyens dans une situation aussi extrême. Je n’ai donc rien à me reprocher. Je ne suis pas une machine, je ne peux pas toujours être en total self-control. Du moment que je ne sue pas… Ah mais si ! je sue ! C’est horrible ! J’ai plein de petites gouttelettes sur le nez. Urgence ! Cacher mon nez. Ah ! Voilà. Le dernier CD de cette popstar pour teenager.  Ça fera l’affaire. Reprendre un air digne en tenant le CD devant mon visage et attendre de voir ce que mon producteur va dire.
Il est en train de me regarder d’un air incrédule. Ses gros yeux semblent vouloir à tout prix se sauver de son visage tout rond. Cette mimique ne lui sied pas vraiment. Je lui dis ?
Non, je ne lui dis pas.
Pendant un court instant, nous nous dévisageâmes en silence.  Lui s’attendant à ce que j’explose à tout moment et moi m’attendant à ce qu’il me fasse une crise d’apoplexie.
Puis l’espace-temps retrouva son écoulement normal et il se remit à respirer.
« Elle, je suis très content de ton travail, je ne te remets pas du tout en question (paradoxe fort éculé du discours de licenciement. Passons), mais la chaîne pense faire des économies pour investir ailleurs et bla bla… »
 (Là j’ai un peu décroché)
 « … Donc ton poste va certainement être supprimé. »
« Vous ne voulez plus de rédacteur en chef pour l’émission phare ? »
« Ecoutes, la chaîne a une totale confiance dans l’idée d’une rédaction sans chef. Voilà. C’est eux qui prennent les décisions, pas moi. Tu le sais bien. »
Ça me laisse pantoise.
Car si je suis bien ce que me raconte mon producteur,  Little Mouse company, l’une des entreprises les plus puissantes au monde, ayant sa propre chaîne de télévision, produisant ses films, ses produits dérivés et possédant des parcs d’attractions dans de nombreux pays, tenterait une politique économico-anarchique à l’aube du 21ème Siècle (?). Intéressant…
Et re-bla bla (ah zut ! J’ai encore décroché ! Mais aussi, il mettait un sacré bout de temps à revenir sur mon cas à moi.)
J’ai cette mauvaise manie de faire évader mon esprit pendant des moments clés de mon existence et c’est aussi gênant que salvateur. Gênant car je manque des trucs importants où je suis directement impliquée, salvateur parce qu’au moins je ne suis que légèrement touchée pas ce qu’il m’arrive.
Que dis-je? Légèrement frôlée, oui.
Cependant, à cet instant précis, à l’écouter digresser sur l’intérêt d’une rédaction sans rédacteur en Chef et des besoins de Little Mouse Company, je sens que l’exaspération me gagne. J’ai même envie de le malmener un peu et de lui hurler « je m’en fous des autres ! ! » mais bien évidemment, je ne le fais pas. Parce que je suis quelqu’un d’extrêmement polie et que je réponds à certaines règles de cordialité et de savoir vivre.
Règle de savoir vivre numéro 1 : ne jamais malmener son interlocuteur en piaillant « je m’en fous des autres ! !».
Même si c’est exactement ce que vous ressentez. La société est assez hypocrite pour vous faire croire qu’être uniquement centré sur soi-même est une énorme faiblesse. Ce qui n’est bien sûr pas le cas.
« Et heu voilà…Je suis désolé Elle. » Dit-il en haussant les épaules. Bullshit ! j’ai raté la fin de mon discours de licenciement.
Je ferais bien de rajouter quelque chose. Ainsi il pensera que j’ai écouté tout ce qu’il me disait. Mais je ne trouve décidément pas la formule qui me rendrait à la fois malicieuse, pétillante et parfaitement informée de ce qui est en train de m’arriver.
Je cherche.
Ce silence est intolérable.
« Bon ! » Finis-je par déglutir. Ce qui fit froncer les sourcils de mon producteur. Je connais cette expression : il est en train de se demander si je l’ai bien écouté et si j’ai vraiment compris ce qu’il me disait.
Sachant pertinemment que si je tentai encore une fois d’ouvrir la bouche, je ne produirais toujours pas d’étincelles, je tournai les talons et sorti du bureau. Ce qui n’était pas très poli. Mais il peut arriver qu’on soit moins urbain quand on a des soucis.

Chapitre 2 > la suite...

3 commentaires:

  1. Bonjour :)
    Serais-tu intéressé par un forum d'écriture ?

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  2. Bonjour Morgane,

    je viens de te répondre sur ton site

    à bientot

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